L’historien Yuval Noah Harari retrace la fabuleuse épopée qu’est l’évolution humaine. Il s’agit d’étudier notre passé pour mieux comprendre qui nous somme et anticiper les révolutions qui s’annoncent.

Homo sapiens n’a pas toujours été la seule espèce humaine

Nous avons tendance à nous croire au centre du monde. Pourtant, le genre Homo fait partie de la famille des grands singes, et, même au sein du genre Homo, sapiens n’est pas seul, ou en tout cas ne fut pas seul. En effet, n’oublions pas les Hommes de Néandertal, de Denisova ou encore de Florès. Il y a 150 000 ans, il n’y avait pas moins de 6 espèces d’êtres humains.

Mais aujourd’hui ces autres espèces humaines ont disparues. Plusieurs grandes théories tentent d’expliquer ces extinctions parmi lesquelles le génocide et le métissage avec sapiens.

 

La tolérance n’est pas une marque de fabrique du Sapiens. Dans les Temps modernes, une petite différence de couleur de peau, de dialecte ou de religion a suffi à pousser un groupe de Sapiens à en exterminer un autre. Les anciens Sapiens aurait-ils été plus tolérants envers une espèce humaine entièrement différente ? Il se peut fort bien que la rencontre des Sapiens et des Neandertal ait donné lieu à la première et la plus significative campagne de nettoyage ethnique de l’histoire.

 

En tout cas, sapiens étant la seule espèce humaine à avoir survécu, nous avons eu le champ libre pour dominer peu à peu la planète, étape par étape, révolution par révolution. 

La première révolution humaine tient à notre capacité à créer des fictions

Pendant environ 75 000 ans, notre espèce à très peu évoluée : elle a continué à utiliser les mêmes outils, en restant aux mêmes endroits …

Et puis, subitement, il y a eu une évolution forte. C’est à ce moment que nous nous sommes, par exemple, répandus dans le monde entier. Pour beaucoup de scientifiques, cela est dû à l’émergence du langage.

Cependant, pour l’auteur, plus que l’apparition du langage, c’est notre capacité unique à inventer, raconter et diffuser des histoires qui a constitué une véritable révolution cognitive et nous a permis de coopérer efficacement tous ensembles.

En effet, la force de l’humanité tient à notre capacité à coopérer de manière flexible avec un grand nombre d’individus. Nous sommes les seuls à parvenir à faire ces 2 choses. Certains animaux comme les fourmis par exemple, peuvent communiquer avec beaucoup de leurs congénères, mais via des processus très rigides, inscrits dans leur ADN. D’autres au contraire, comme les loups, coopèrent de manière extrêmement souples mais avec un nombre limité de membres, qu’ils connaissent très bien.

Ainsi, non seulement nous avons la capacité d’imaginer des fictions, mais surtout nous sommes capables de les imaginer collectivement. C’est pourtant ce qui est le plus difficile : la difficulté réside en effet non pas dans le fait d’inventer une histoire, mais dans le fait de convaincre les autres personnes d’y croire également.

C’est la grande question qui a agité l’humanité depuis toujours : comment convaincre l’ensemble de la société de croire en nos histoires : les nations, les dieux, les entreprises, la démocratie, le capitalisme, l’humanisme, la justice …

Et aujourd’hui ces fictions ont une importance insoupçonnée dans nos vies : même nos désirs y sont intimement liés. Par exemple, le fait de vouloir prendre des vacances à l’étranger n’a en soi rien de naturel, mais néanmoins le tourisme se développe massivement, car étant inconsciemment lié au mythe du consumérisme romanesque.

Plus encore que nos simples désirs, ces fictions cimentent nos sociétés. Nous essayons de concilier des valeurs diamétralement opposées, et nous échouons systématiquement ce qui provoque des transformations profondes.

Ainsi, au Moyen-Age, on tenta de créer un idéal nouveau en fusionnant les valeurs du christianisme (amour, pardon…) et de la chevalerie à l’aide de légendes comme celle du roi Arthur, alors qu’au-delà des contes les chevaliers avaient plutôt l’habitude de combattre, piller, tuer…

Depuis 1789, et la révolution française, ce sont les valeurs contradictoires de liberté et d’égalité que l’on tente de concilier, et qui forment la base même de nos sociétés.

 

Ces contradictions sont un aspect indissociable de toute culture humaine. En fait, elles sont ses moteurs et expliquent la créativité et le dynamisme de notre espèce. Tout comme le choc de deux notes de musique jouées ensemble donnent son élan à un morceau de musique, la discorde de nos pensées, idées et valeurs nous oblige à penser, réévaluer et à critiquer.

 

Plus tard, l’homme a connu une seconde révolution : la révolution agricole

Bien que nous ignorions encore beaucoup de choses à propos de nos ancêtres, nous savons qu’ils avaient pris l’habitude de vivre en clans. En général, ils formaient des groupes de quelques dizaines de personnes et avaient un animal domestique : le chien.

En effet, ce dernier a été le premier animal domestiqué, des milliers d’années avant ceux des fermes. Ces clans n’étaient pas repliés sur eux-mêmes, ils commerçaient grâce au troc et évidemment il y avait déjà des guerres, qui faisaient en proportion bien plus de morts que de nos jours.

Par ailleurs, on qualifie leur mode de vie de chasseur-cueilleur. Ils vivaient au jour le jour, ce qui a encore des conséquences sur nos comportements. Par exemple, si nous adorons les produits sucrés et caloriques c’est parce qu’à l’époque des chasseurs-cueilleur, ces derniers avaient du mal à se nourrir convenablement et donc, lorsqu’ils tombaient sur un arbre fruitier, ils s’empressaient de manger le plus de baies possibles.

Néanmoins, il y a environ 10 000 ans, les Hommes ont commencés à cultiver des fruits et légumes, ainsi qu’à domestiquer les animaux qui pouvaient leur être utile. Cela a commencé avec le blé et les chèvres. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce changement de paradigme ne fut pas vraiment une bonne chose, que ce soit pour les animaux domestiqués ou pour ces premiers agriculteurs.

 

Pour l’immense majorité des animaux domestiqués, la Révolution agricole a été une terrible catastrophe. Leur « réussite » en termes d’évolution n’a aucun sens. Un rhinocéros sauvage rare au bord de l’extinction est probablement plus satisfait qu’un veau qui passe sa brève vie dans une boîte minuscule, engraissé pour donner de la viande savoureuse.

 

Les Hommes, quant à eux, sont devenus dépendants de certaines cultures, et les mauvaises récoltes ont alors entraînées des famines, les poussant à s’entre-tuer pour survivre. Dans certaines parties du monde, on estime que 25% des Hommes sont morts à cause de ces affrontements.

La situation a été d’autant plus difficile pour les agriculteurs que, n’ayant plus besoin de se déplacer, ils ont fait davantage d’enfants qui furent autant de bouches supplémentaires à nourrir, ce qui a compensé les bénéfices nouveaux tirés de l’agriculture.

 

Telle est l’essence de la Révolution agricole : la faculté de maintenir plus de gens en vie dans des conditions pires. Pourquoi un individu sain d’esprit abaisserait-il son niveau de vie à seule fin de multiplier le nombre de copies du génome de l’Homo sapiens ? Personne n’a accepté ce marché. La Révolution agricole fut la plus grande escroquerie de l’histoire.

 

Il a fallu beaucoup de temps à Homo sapiens pour profiter de ces changements

Les Hommes de l’époque n’étaient absolument pas préparés à tous ces changements. Grâce à la révolution cognitive, Homo sapiens a été à même de raconter des histoires et donc de transmettre son savoir aux générations suivantes, ce qui leur a permis d’évoluer extrêmement rapidement. Mais cela n’est pas possible du point de vue biologique.

En effet, le corps humain et l’ADN qui le compose évoluent sur une échelle de temps très longue, alors que les changements de modes de vies ont étés au contraire particulièrement brutaux.

Par conséquent, il a fallu plusieurs siècles pour que l’Homme s’adapte à ce nouveau monde. Le squelette a connu de nombreux ajustements, les muscles également puisqu’il ne fallait plus courir, chasser ou escalader mais se pencher, s’agenouiller, rester assis … Ce qui a considérablement affaiblit nos articulations.

La mémoire s’est également transformée : les informations étant de plus en plus nombreuses, celle-ci s’est retrouvée de plus en plus sollicitée.

Les communautés humaines se sont progressivement rapprochées

Les différentes cultures qui cohabitent ont bien sûr toutes leurs spécificités. Néanmoins, au-delà de ça, elles ont toutes également des piliers universels en commun, et ce sont ces fictions partagées qui fédèrent les différentes communautés. Pour Yuval Noah Harari, ces fictions sont au nombre de 3 : l’argent, l’empire et la religion.

Originellement, les chasseurs-cueilleurs utilisaient le troc pour commercer. Mais le système de troc n’était pas adapté à l’élargissement du commerce et donc de la variété des produits échangés. En effet, fixer les taux relatifs à chaque produit devient rapidement une usine à gaz. C’est pour résoudre ce problème que l’argent a été créé.

 

Grâce à l’argent, même des gens qui ne se connaissent pas et ne se font pas confiance peuvent tout de même coopérer efficacement. Mais quand tout est convertible, quand la confiance dépend de pièces anonymes et de cauris, elle corrode les traditions locales, les relations intimes et les valeurs humaines, pour les remplacer par les lois froides de l’offre et de la demande.

 

L’utilisation d’argent comme base du système commercial est intimement lié à notre seconde fiction : l’empire. Le nombre d’empire a effectivement augmenté de manière conséquente pendant des centaines d’années, et leurs tailles ont suivies le même chemin.

Il devenait alors intenable d’utiliser le troc pour commercer entre des organisations aussi vastes. Les empires ont également permis quelque chose d’autre : l’unification des cultures en son sein.

Enfin, la troisième fiction est la religion. La religion permet à des gens qui n’ont jamais commercé, qui ne font pas partie d’un même empire, qui ne se connaissent même pas de se rassembler et de partager des choses communes autour de leur foi.

A la suite à de l’unification des Hommes, une troisième révolution a transformé radicalement et définitivement le genre humain.

La dernière révolution humaine : la révolution scientifique

Au cours des 500 dernières années, le progrès scientifique et technologique a littéralement explosé. Et cela a eu des conséquences immenses : la population a été multipliée par 14, la production est montée en flèche, tout comme la productivité, à l’inverse des temps de trajet.

Aujourd’hui, grâce à la technologie, il est possible de rentrer en contact quasi instantanément avec n’importe qui partout sur Terre, et ce n’est qu’un exemple des nombreuses avancées qui ont étés rendues possible par la révolution scientifique. Nous avons même acquis des connaissances sur des choses qui demeurent invisible à nos yeux, comme les virus ou les rayons ultraviolets.

Cette révolution a démarré lorsque nos ancêtres ont compris l’importance du savoir. Ils se sont rendus compte que plus ils investissaient dans la recherche scientifique, plus leur pouvoir augmentait.

 

Le véritable test de la « connaissance » n’est pas de savoir si elle est vraie, mais quel pouvoir elle nous donne. Les hommes de science supposent habituellement qu’aucune théorie n’est à 100% correcte. Par conséquent, la vérité est un médiocre test de savoir. Le véritable test, c’est l’utilité. Une théorie qui nous permet de faire de nouvelles choses constitue le savoir.

 

Lors de cette révolution, trois changements majeurs ont eu lieu :

– L’admission de notre ignorance.

– Le dépassement de notre condition par la réalisation d’expériences confirmées par des observations.

– La volonté d’accentuer son pouvoir grâce à la science.

Tout comme la seconde révolution, la révolution scientifique a été soutenue par 3 piliers :

– L’empire. L’Europe a été le berceau de cette révolution en même temps que le point de départ de l’expansion des plus grands empires que ce monde ait connu. Les conquêtes européennes ont étés utiles quant à la découverte de nouveaux savoirs, comme lorsque Darwin se rend en Amérique du sud pour poursuivre ses recherches.

 

Vous pensez que ces empires étaient des monstruosités qui apportèrent mort, oppression et injustices à travers le monde ? Vous pourriez aisément remplir une encyclopédie de leurs crimes. Voulez-vous plaider qu’ils ont en fait amélioré les conditions de leurs sujets grâce à de nouveaux médicaments, de meilleures conditions économiques et plus de sécurité ? Vous pourriez faire une encyclopédie de leurs réalisations. Du fait de leur étroite coopération avec la science, ces empires eurent tant de pouvoir et changèrent le monde sur une telle échelle qu’on ne saurait les qualifier simplement de blancs ou de noirs. Ils créèrent le monde tel que nous le connaissons, y compris les idéologies qui nous servent à les juger.

 

– L’argent. Le système capitaliste, dont le but ultime est le profit, a poussé aux gains de productivité et technologiques.

 

Dans la version de Smith, on s’enrichit non pas en dépouillant ses voisins, mais en augmentant la taille générale du gâteau. Et quand celui-ci augmente, tout le monde en profite. Les riches sont en conséquence les membres les plus utiles et les plus bienfaisants de la société, parce qu’ils font tourner les roues de la croissance à l’avantage de tous.

 

– L’industrialisation et l’épuisement des ressources. En effet, la raréfaction des ressources est une motivation puissante qui pousse à se réinventer.

 

Les éthiques capitalistes et consuméristes sont les deux côtés de la même médaille, la fusion de deux commandements. Le commandement suprême du riche est: « Investis! » Celui du commun des mortels: « Achète! »

 

C’est cette dernière révolution qui a façonnée le monde dans lequel nous vivons actuellement. Cependant, malgré tous ses avantages, la technologie n’est pas la réponse à tous les problèmes, elle peut même en créer de nouveaux puisqu’elle risque d’augmenter les inégalités par exemple.

De plus, pour Yuval Noah Harari, malgré tout ce que nous avons acquis, nous ne serions pas plus heureux que nos ancêtres, même s’ils ne vivaient que 30 ou 40 ans.

 

Voici, des milliers d’années que les prophètes, les poètes et les philosophes ont découvert qu’être satisfait de ce que l’on a déjà importe bien davantage que d’obtenir plus de ce que l’on désire. 

 

Nos vies se sont banalisées, qu’est ce qui, aujourd’hui, peut remplacer leurs aventures extraordinaires, épiques et l’excitation qui en découlait ? rien, ou du moins pas grand-chose selon l’auteur.

La prochaine révolution qui nous attend pourrait être le dépassement de nos limites biologiques

Les changements qui bouleversent notre espèce vont continuer à se produire. L’Homme va très probablement être le responsable d’une crise écologique majeure : la sixième extinction massive.

 

L’histoire donne de l’Homo sapiens l’image d’un serial killer écologique. Nous avons le privilège douteux d’être l’espèce la plus meurtrière des annales de la biologie.

 

La recherche du bonheur va devenir plus prégnante, toute la question étant ensuite de savoir s’il s’agit d’une finalité en soi.

Et puis, finalement, l’Homme, qui parvient déjà à maîtriser son environnement, va transformer on corps. Certains d’entre nous pourraient devenir des surhommes dans le futur.

C’est ce que va aborder Yuval Noah Harari dans son second livre : Homo Deus, une brève histoire de l’avenir.

 

L’histoire a commencé quand les hommes ont inventé les dieux. Elle s’achèvera quand ils deviendront des dieux.

 

Conclusion

Au cours de son évolution, l’Homme ne s’est jamais satisfait de sa place. Cela l’a poussé à se dépasser sans cesse et à surmonter les défis auxquels il faisait face, mais malheureusement nous ne réfléchissons pas assez à l’éthique de nos actions, et pour l’auteur, cette soif de pouvoir pourrait avoir des conséquences désastreuses.

 

Si le rideau est effectivement sur le point de tomber sur l’histoire du Sapiens, nous, qui sommes membres de ses dernières générations, nous devrions prendre le temps de répondre à une dernière question : que voulons-nous devenir ?

 

Si vous souhaitez lire ce livre dans son intégralité, sachez que vous pouvez le retrouver ici en français et ici en anglais (liens affiliés)

Si vous avez apprécié cet article, n’oubliez pas de le partager !

Enfin, n’hésitez pas à faire un tour sur le site internet français de l’auteur Yuval Noah Harari : https://www.ynharari.com/fr/

Articles similaires

Cet article a 4 commentaires

  1. Très intéressant avec une analyse approfondie des différentes étapes et périodes de l’histoire de l’humanité jusqu’aux heures de la science et de la technologie. Conjugaison avec des pensées et perspectives possibles dans l’avenir.
    La science évolue, la technologie se répand partout et l’argent reste le point central des tendances diversifiées. L’éducation restant un atout incontestable. Les croyances évoluent et parfois occasionnent des mouvements contestataires pouvant aller jusqu’à la mise en doute de la loi de la nature. Suivons et restons a suivre dans une logique acceptable.

  2. Super article ! Continue comme ça

  3. Super article très intéressant. Poursuivez ainsi!
    Très cordialement,

Laisser un commentaire

Fermer le menu

Recevoir mon guide gratuit